• Joris

Je ne suis pas en crise

Il semblait que le mot « crise » venait tout juste de disparaître de nos oreilles, après une décennie de « crise des subprimes », « crise financière », « crise de l’emploi », « crise du pouvoir d’achat », « crise démocratique », « crise politique »…

Toute une décennie, qui était aussi celle de mon entrée dans la vie active, et dont le discours ambiant avait inconsciemment joué sur mon mental (sur mon champ des possibles).


Depuis quelques mois, les mots avaient changé et le contexte semblait propice à l’aventure entrepreneuriale surtout si celle-ci répondait aux besoins émergents de sens dans notre société (humain, écologique, sociétal).

C’était sans compter sur une pandémie difficilement contrôlable et qui vient de plonger à nouveau le monde entier dans une « crise » aux conséquences multiples…


Je vois donc revenir la rhétorique fraîchement oubliée : la crise, l’incertitude, l’inconnu… avec en semi-implicite le catastrophisme et sa terminologie spectacle (la vague, la submersion, le cataclysme…).



J’ai dans un premier temps été happé par ce tourbillon pessimiste et me suis posé beaucoup de questions. J’ai remis en cause mon projet entrepreneurial, j’ai vu remonter à la surface mon besoin de sécurité et de repères, et me suis laissé envahir de pensées négatives :

Ce n’était pas le moment, Je cours à la catastrophe, C’était trop beau pour être vrai, Ça ne marchera pas…

J’ai alors profité de ce confinement pour placer mon attention sur d’autres occupations, me suis concentré sur mon projet et mes passions, empêchant ainsi de laisser une place trop importante aux inquiétudes.

Or, cet évitement ne pouvait être qu’une rustine et au moindre temps mort, le stress et l’angoisse faisaient à nouveau leur apparition…


Jusqu’à une prise de conscience tout simple et pourtant majeure, que je partage avec vous aujourd’hui.



De l’inconnu au non prévu


La peur de l’inconnu : une formule que j’ai souvent entendue et derrière laquelle je me réfugiais pour nommer mon angoisse et mon stress face à l’avenir et à l’ampleur du changement que j’étais en train d’opérer.

Cette peur de l’inconnu, sous-jacente aux discours que j’entends pendant cette période de crise, pouvait me paralyser et m’inviter à retourner dans un cocon de sécurité à la fois physique (confinement oblige) et symbolique (un contrat de travail, stable, rémunérateur).


Mais qu’est-ce que l’inconnu, ou plutôt le « non connu » ? Si ce n’est finalement, rien de différent de notre vie quotidienne ?

En effet, que puis-je connaître de l’avenir lorsque je prends ma voiture pour rejoindre un client ? Que puis-je connaître de l’avenir lorsque je pars rejoindre des amis pour dîner ? Certes, je connais quelques éléments de ce qui m’attend : un lieu, un horaire… mais cela s’arrête à peu près là.

Qu’allons-nous nous dire ? Quel sera l’état d’esprit de mon interlocuteur ? Quelle émotion va me traverser ? Quel événement pourrait se produire ?

Tout cela reste, chaque jour et à chaque instant, non connu, que ce soit pendant la crise ou dans la vie paisible et organisée que je m’étais construite auparavant. Et pourtant, suis-je angoissé face à ce « non connu » habituel ? Non ! Pourquoi cet inconnu me ferait-il davantage peur aujourd’hui que d’ordinaire ?

La réponse est implicite, mais tout comme en coaching, l’émotion s’atténue lorsque je fais l’effort d’expliciter et de verbaliser :

Il n’y a aucune raison d’avoir peur de l’inconnu aujourd’hui car il ne me faisait pas peur hier.

Cette première étape dans ma prise de conscience avait permis de réduire partiellement mon inconfort et je mettais finalement un autre mot derrière lui : plus que l’inconnu, c’est le « non prévu » qui expliquait la peur résiduelle.





Une pensée hameçon : « ce n’était pas prévu »


Voilà plusieurs mois que j’imaginais un plan de réussite, avec un planning, des points d’étape, des temps forts pour les prises de décisions. Élaborer ce plan m’avait pris du temps, et depuis quelques semaines je m’étais lancé à corps perdu dans sa réalisation : l’avenir ne m’était pas connu, mais il était prévu. Et cela me rassurait ! Je me disais que c’était la seule façon de mettre toutes les chances de mon côté pour réussir.


L’apparition de la pandémie et la décision du confinement m’ont forcé à comprendre que ce plan n’allait pas se réaliser et que ce qui allait se passer serait obligatoirement de l’ordre du « non prévu ». Voici ma pensée hameçon qui, tel un poisson pris au piège, me conduisait vers une autre pensée :

Je ne vais pas y arriver

La connexion avec le stress et l’angoisse était inévitable. J’alternais alors entre des moments d’inaction et des moments de réflexion sur un hypothétique plan B qui, quel qu’il soit, ne me satisfaisait pas. Quoi que je fasse ou ne fasse pas, les sentiments négatifs apparaissaient : tristesse, frustration…


Jusqu’à ce que je comprenne que c’était une pensée automatique et qu’elle trouvait son origine dans l'idée que « ce n’était pas ce que j’avais prévu ».



Mes choix m’appartiennent encore


Ce qui vient peut vous sembler d’une simplicité déconcertante, mais la force de cet exercice réside dans le fait de prendre le temps de le réaliser et de l’écrire. Une fois les réponses écrites, elles permettent de s’en détacher, de prendre du recul, et d’y voir soudainement plus clair.


Dans cette situation, qu’est-ce que je peux maîtriser et qu’est-ce que je ne peux pas maîtriser ?


En prenant le recul nécessaire sur mes réponses, je pouvais alors décider de ne plus focaliser mon énergie et mon attention sur les choses que je ne maîtrise pas (et sur leurs possibles conséquences).


Exit les scénarii catastrophes ! Je peux encore faire mes propres choix et tout tenter pour atteindre mes objectifs : travailler encore plus sur le plan A, plutôt que d’élaborer un plan B, puis C, puis D…



Et la crise devint une opportunité


Mes pensées génératrices d’émotions négatives étaient alors remplacées par une nouvelle que j’ai pris soin d’expliciter :

En m’adaptant, en fonçant et en essayant quand même, j’ai plus de chance de réussir qu’en ne faisant rien ou en passant maintenant au plan B.

Sitôt formulée, cette pensée mettait à jour les ressources que j’allais pouvoir mobiliser dans ce contexte inédit : moins de trajets, moins de dépenses… donc plus de temps disponible et plus de ressources financières.


Cette situation m’évoque également le besoin émergent pour les entrepreneurs de se réinventer et de réfléchir à l’après confinement. Une multitude de questions pourraient se poser et être puissamment adressées dans un contexte de coaching : le métier que j’exerce nécessite donc d’anticiper cette sortie de confinement pour être prêt, le moment venu, à accompagner.


En mettant bout à bout cette nouvelle pensée, ces ressources disponibles et le sens actualisé de ma pratique, l’angoisse et la frustration ont totalement disparu pour laisser la place à un regain d’énergie et de motivation. Cette crise est soudainement devenue, pour moi, une chance et une opportunité.





Pourquoi partager cela ?


L’objet de ce post n’est pas d’exhiber une réflexion personnelle, d’autant plus que je suis conscient qu’elle peut être déplacée au regard du quotidien vécu par nombre de personnes. Il s’agit en revanche de partager une méthode de questionnement, de contextualisation et de restructuration émotionnelle en laquelle je crois profondément et que je peux proposer en coaching.


Bon confinement à tous !



En cette période de confinement, je propose des séances gratuites en visio pour vous aider à apprécier les situations que vous pouvez traverser. Que ce soit pour gérer vos émotions (avec cette méthode ou une autre), prendre du recul, asseoir une décision, mener une réflexion stratégique ou pour un simple espace d’écoute, je suis à votre disposition tous les jours.